LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ PAR LES TRANSFERTS DE FONDS

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Transferts de fonds des migrants et développement

« L’impact des migrations a toujours été important dans les économies de départ (d’origine des migrants) grâce aux transferts de fond »[1] et le sont de plus en plus comme en témoigne le rapport des experts économiques de l’OCDE sur le financement du développement d’Août 2014. Dans cet article nous reviendrons sur ce lien entre transfert de fond des migrants et lutte contre la pauvreté, notamment au travers de travaux d’économistes sur le sujet. Enfin nous verrons en quoi le banking mobile est une solution adaptée pour faciliter ce type de flux vers l’Afrique subsaharienne.

En effet, les transferts de devises ont augmenté substantiellement représentant aujourd’hui le deuxième flux financier à destination des pays en voie de développement –derrière les IDE- avec environ 400 milliards de dollars annuels en 2013, soit quatre fois le volume de ce qu’ils représentaient dans les années 1990.

Or la singularité de ces flux est leur stabilité, contrairement à d’autres flux financiers publics ou privés internationaux, comme les Investissements Directs à l’Etrangers (IDE) ou l’Aide Publique au Développement (APD)3. En effet, contrairement aux IDE, qui augmentent lors de phases de croissance et diminuent lors de dépressions économiques, les transferts de fonds sont moins soumis à la conjoncture économique et sont en augmentation constante depuis les années 90, en dépit des multiples récessions et crises économiques qu’a connues le monde.

Pour le continent africain, les montants des transferts d’argent des migrants sont estimés à 62 milliards de dollars en 2013, dont un tiers entre les pays africains. Ils, représentent d’ailleurs la deuxième source de devises du continent après les investissements étrangers[2].

Si les études économiques ont montré que les transferts des devises avaient un impact sur le développement économique, notamment en ayant un effet expansionniste sur les économies des pays d’origine, leurs effets sur les performances macroéconomiques restent en débat. En effet les transferts de fonds étant davantage à des fins personnelles et familiales, ils ne peuvent de manière individuelle se substituer à l’action de l’Etat dans le développement du pays.[3].

Un article des économistes Lisa Chauvet et Sandrine Mesplé-Somps (2007)[4] démontre que les investissements directs étrangers accroissent les inégalités de revenu au sein des pays alors que les transferts des migrants tendent à les faire diminuer.

Deux autres économistes, Richard H. Adams et John Page (2005)[5] ont construit un panel composé de 71 pays en développement pour lesquels les données sur les transferts des migrants, la migration, la pauvreté et les inégalités de revenu sont disponibles et ont testé l’hypothèse selon laquelle les pays dont la main-d’œuvre migre davantage et qui reçoivent des transferts des migrants connaissent des taux de pauvreté relativement plus bas. Ils ont trouvé qu’un accroissement de 10 % du niveau de transferts par habitant contribue à réduire la pauvreté de 3,5 %.

Enfin, une étude du Fonds Monétaire International réalisée en 2005 examine la même question à partir d’un échantillon de 101 pays. Les résultats suggèrent qu’une augmentation de 2,5 % de la part des transferts dans le PIB est associée à une réduction du taux de pauvreté d’environ 0,5 %.[6]

En effet, en relâchant la contrainte financière des ménages, les envois de fonds des migrants sont susceptibles d’encourager l’investissement en capital humain et physique[7], lui-même favorable à long terme au niveau et à la stabilité de la croissance économique des pays récipiendaires[8]. Dans la mesure où les envois de fonds des migrants semblent également être plus stables que les autres flux de capitaux, ils peuvent constituer pour les ménages une forme d’assurance privée contre les chocs négatifs[9]. Enfin, lorsque les pays récipiendaires présentent des niveaux d’éducation et de développement financier suffisamment élevés, les envois de fonds des migrants sont susceptibles de réduire les inégalités de revenu au sein du pays.[10] L’effet dépend de quelle frange de la population sont issus la majorité des migrants. Il apparaît en effet que les envois de fonds tendent à réduire les inégalités de revenu dans les pays à revenu par habitant relativement plus élevé, dans les pays exportant une main-d’œuvre peu qualifiée et, finalement, dans les pays caractérisés par des coûts migratoires négligeables.

Par ailleurs, un accroissement des envois de fonds des migrants dans une communauté peut contribuer à augmenter les dépenses dans les secteurs de la construction et de l’immobilier ou toute autre forme d’investissement productif, ce qui favorise la création d’emplois et accroît les revenus des travailleurs des familles ne participant pas à la migration (il s’agit des effets dits de « second tour »[11]). [12]

Il était donc nécessaire de s’interroger sur les coûts des transferts de fonds (ceux vers l’Afrique demeurant les plus élevés) comme l’a fait la Banque Mondiale dans son rapport de 2005 : « Mobilizing Finance and Managin vulnerability » qui disait que l’impact des transferts de fonds sur le développement, dépendra de leur continuité, laquelle dépendra du degré de facilité avec lequel l’argent pourra être transféré. La Banque estimait alors que si les frais de transaction étaient réduis ne serait ce que de 5% les fonds envoyés dans les pays en développement augmenteraient de 3,5 milliards par an.[13]

Lors de sa présidence du G20, en 2011, la France a fortement soutenu l’adoption d’un engagement de réduction des coûts de transferts à 5 % du montant transféré d’ici 2014[14]

Plus récemment, le séminaire panafricains « transfert de fond des migrants et innovations financières » réunit à Tunis en mars 2014 par la BAD (Banque Africaine de développement) à permis des discussions entre 150 acteurs du développement et de la banque. Lors de séminaire, le mobile banking a été reconnu comme une solution innovante pour baisser les couts des transferts d’argent. Il doit notamment s’accompagner de la mise en place d’un cadre réglementaire adapté pour les opérateurs de téléphonie mobile, la mise en place d’une coopération technique sud-sud, la prise en compte des difficultés spécifiques au milieu rural et une connaissance fine des besoins potentiels.

NX Vision ayant conscience de l’importance des transferts de fonds, du faible taux de bancarisation de l’Afrique subsaharienne (inférieur à 20%) et du poids de la téléphonie mobile sur le continent, entend contribuer à ces solutions innovantes de mobile banking adaptées aux milieux ruraux de l’Afrique sub-saharienne.[15]

Un article rédigé par Marine Segura

 Notes de bas de page

[1] Fweley Diangitukwa[1],in Migrations internationales, co développement et coopération décentralisée. [2] (Banque mondiale, 2011) [3] Rapport des experts économiques de l’OCDE sur le financement du développement, août 2014 [4] CHAUVET, LISA, et SANDRINE MESPLÉ-SOMPS. (2007). “Impact des financements internationaux sur les inégalités des pays en développement.” Revue Economique 58: 735–44. [5] ADAMS, RICHARD H., et JOHN PAGE (2005). “Do International Migration and Remittances Reduce Poverty in Developing Countries?” World Development 33 (10): 1645–69. [6] Chauvet Lisa et al. , « Les transferts des migrants sont-ils plus efficaces que l’aide pour améliorer la santé des enfants ? Une évaluation économétrique sur des données inter et intra-pays », Revue d’économie du développement 4/ 2009 (Vol. 17) , p. 41-80 [7] (Edwards et Ureta [2003] ; Woodruff et Zenteno [2007]) [8] (Giuliano et Ruiz-Arranz [2009] ; Bugamelli et Paterno [2009]) [9] (Yang [2008 a, b] ; Mohapatra et al. [2009] ; Calero et al. [2009]) [10] (Koechlin et Leon [2007]). [11] John Adams [2006], [12] http://www.cairn.info/revue-economique-2010-6-page-1051.htm Impact des envois de fonds des migrants sur les inégalités de revenu dans les pays en développement [13]GUMISAI MUTUME, « Transferts de fonds : une aubaine pour le développement », Afriquerenouveau [14] http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/LPS_58_transferts_de_fonds_des_migrants_cle8d8268.pdf [15] (Jacquemot, 2013, p.22).

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